Transport scolaire : l’ombudsman blâme les conseils pour le « chaos » de la dernière rentrée (Radio-

Transport scolaire : l’ombudsman blâme les conseils pour le « chaos » de la dernière rentrée (Radio-Canada)

août 10, 2017

10 août, 2017

Après près d'un an d'enquête, l'ombudsman de l'Ontario formule 42 recommandations pour éviter à la rentrée une « crise » en matière de transport scolaire comme celle de l'an dernier, qui a frappé particulièrement la région de Toronto.

Radio-Canada
Le 10 août 2017

Après près d'un an d'enquête, l'ombudsman de l'Ontario formule 42 recommandations pour éviter à la rentrée une « crise » en matière de transport scolaire comme celle de l'an dernier, qui a frappé particulièrement la région de Toronto.

Durant les deux premières semaines après la rentrée de 2016, des milliers d'élèves des conseils scolaires anglais public (TDSB) et catholique (TCDSB) de Toronto avaient dû attendre l'autobus pendant plus d'une heure, matin et après-midi. Dans certains cas, l'autobus ne passait pas du tout.

Déposés au mauvais arrêt, certains enfants autistes, notamment, ont même été portés manquants pendant des heures, ajoute l'ombudsman Paul Dubé dans son rapport.

 

Les deux conseils scolaires et le consortium de transport qu'ils ont en commun n'ont pas prêté attention aux signes d'alarme précurseurs indiquant que des dizaines de circuits scolaires n'avaient pas de conducteurs. Et même alors que la crise s'aggravait, ils n'ont pas averti adéquatement les parents.

- Paul Dubé, ombudsman de l'Ontario

 

Nombre de parents dont les enfants fréquentent une école française à Toronto avaient aussi remarqué des retards significatifs l’an dernier, mais l’ombudsman n’a pas enquêté sur ces cas, parce que la vaste majorité des 127 plaintes qu'il a reçues touchaient les conseils TDSB et TCDSB.

Des enfants laissés sans supervision

L'ombudsman raconte dans son rapport qu'à la rentrée, l'an dernier, un élève de 4 ans a été porté manquant après avoir été déposé au mauvais arrêt. Un autre jeune, laissé lui aussi à un mauvais arrêt, a été vu seul sur le trottoir par une passante qui l'a amené à l'école la plus proche, qui n'était pas la sienne. Une fillette autiste s'est retrouvée à Markham, plutôt qu'à son domicile à Scarborough, parce que le chauffeur s'était trompé de rue. Une mère a perdu son emploi, après être arrivée trop souvent en retard - elle attendait l'autobus de sa fille de six ans, qui ne venait pas.


L'ombudsman se réjouit de voir que les deux conseils ont accepté l'ensemble de ses recommandations qui comprennent :

  • Accélérer le projet d'utilisation de données GPS pour connaître l'emplacement des autobus en temps réel;
  • Veiller à ce que le nouveau portail web du consortium d'autobus permette aux transporteurs de communiquer les retards;
  • S'assurer que les transporteurs aient assez de lignes téléphoniques pour répondre aux demandes d'information du public;
  • Organiser une rencontre au début d'août pour discuter des préparatifs et régler toute question en suspens;
  • Embaucher en priorité des transporteurs qui ont une expérience en régions urbaines.

Des conseils scolaires rassurants


Les conseils TDSB et TCDSB assurent que, conformément aux recommandations de l'ombudsman, leur consortium de transport scolaire a pris une série de mesures pour que la crise de l'an dernier « ne se répète pas ».

Parmi celles-ci, des mises à jour hebdomadaires pour les conseils scolaires, l'installation de systèmes GPS dans tous les autobus ainsi qu'une nouvelle page web et des avertissements par courriel pour signaler les retards et les annulations aux parents.

Néanmoins, les deux conseils n'écartent pas l'éventualité de certaines perturbations en septembre.
 

On ne peut pas offrir de garantie, mais les transporteurs nous disent qu'ils sont prêts.

 Jo-Ann Davis, conseillère scolaire du TCDSB


Mme Davis dit qu'une rencontre est prévue, vendredi, avec les transporteurs pour faire le point.

De son côté, la représentante des chauffeurs au syndicat Unifor, Debbie Montgomery, dit qu'il est trop tôt pour savoir s'il y aura des problèmes encore cette année, parce que ses membres ne s'inscriront auprès de leur employeur pour l'automne qu'au cours des prochaines semaines.

Pour elle, les piètres conditions de travail qui ont mené à la pénurie de chauffeurs l'an dernier n'ont pas changé, y compris leur « petit salaire » et des quarts de travail fractionnés.

 

Une crise « évitable »

Les conseils scolaires attribuaient l'an dernier le chaos de la rentrée à une pénurie imprévue de chauffeurs d'autobus. L'ombudsman, toutefois, affirme que cette crise était « en grande partie évitable ».

Selon lui, l'un des facteurs clés de la crise remonte à l'attribution de nouveaux contrats de service à de nouveaux transporteurs, qui avaient de nouveaux chauffeurs.

  • Février 2016 : Attribution des contrats aux exploitants pour six ans.
  • 27 juin : Le TCDSB change ses circuits d'autobus; les circuits seront revus à deux reprises avant la publication finale en août, plutôt qu'à la fin juin, comme dans le passé.
  • 18 août : Nombre de transporteurs se plaignent du fait que les circuits réels diffèrent des modèles communiqués précédemment.
  • 20-25 août : Le consortium Transportation Group apprend que près de 100 circuits n'ont pas de chauffeurs.
  • 25 août : Le DG de Transportation Group écrit aux conseils scolaires qu'il y a « beaucoup plus de tension et de chaos cet été que d'habitude ».
  • 30 août : Il y a toujours 58 circuits sans chauffeurs. Le DG de Transportation Group qualifie la situation de « désastreuse ».
  • 31 août : Transportation Group avertit le TDSB que les services pourraient « grandement en souffrir ».
  • 1er sept. : Le DG de Transportation Group prévient les deux conseils scolaires que certains transporteurs ont de « graves manques de conducteurs ».
  • 6 sept. (1er jour d'école) : Le DG de Transportation Group écrit aux deux conseils scolaires que « demain, ça ira mieux ».


Selon l'ombudsman, les appels d'offres pour les transporteurs devraient mettre davantage l'accent sur la « fiabilité des services et moins sur les prix » à l'avenir. M. Dubé précise que deux des exploitants qui ont décroché des contrats l'an dernier n'avaient jamais travaillé avec Transportation Group auparavant. Or, ces deux transporteurs comptaient parmi ceux qui ont manqué de chauffeurs en septembre dernier.
 

La représentante syndicale, Debbie Montgomery, est d'accord. « La soumission la moins chère gagne, ça veut dire des coupes, dit-elle. Les autobus sont plus vieux, les chauffeurs sont moins bien formés. »